« LES FEMMES HANDICAPEES ET LE SPORT : EMPOWERMENT ! »


Le 14 mars 2019, nous avons participé à un colloque « Les femmes handicapées et le sport : empowerment ! » organisé par l’association FDFA (Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir) (1). Ici, les deux concepts majeurs étaient celui du sport et de « l’empowerment ». Pourquoi ? Parce que ces deux thématiques sont d’actualité ! Le sport ne pouvait pas passer à la trappe avec sa coupe du monde féminine de football 2019 qui se déroulera en France ainsi que son projet des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 à Paris ! Le sujet de l’empowerment, quant à lui, fait suite à la Journée Internationale de Lutte pour les Droits des Femmes, journée de manifestation à travers le monde ! L’affaire de ce colloque se résumait donc à questionner ces deux concepts au regard du genre et du handicap…

Des notions qui vont de pair !

Sport, « Empowerment » … ?

 
Il s’agissait d’interroger :

 

Être une femme : un handicap ?

 

Dimension environnementale du handicap :

 
Dans la mesure où le handicap a une dimension environnementale, il est évident que, selon les cultures et les époques (aujourd’hui encore), les femmes se trouvent être « en situation de handicap » par rapport aux hommes, sans même évoquer les violences faites aux femmes. Aujourd’hui, en France, on trouve encore des faiblesses. Le talon d’Achille du pays semble se situer dans la sphère du travail. Pour un même travail, le salaire d’une femme est souvent inférieur à celui d’un homme. Les temps partiels et les CDD pointent plus souvent le bout de leur nez chez les femmes. Cela étant, les postes de managers se font bien plus rares chez ces dames. Certes, le gouvernement d’Emmanuel Macron (2) fait de la parité l’une de ses priorités, mais il y’a encore du travail à accomplir. Une nécessité qui s’illustre également dans le fait que, outre la présence à l’Assemblée Nationale, aucune femme n’ait jamais occupé de fonction présidentielle.
 

Et la femme dans le sport ?

 

Point historique : des figures de courage !

Des femmes sources d’inspiration qui ont fait preuve d’audace dans l’histoire du sport, il y’en a eu. Parmi elles, la championne de tennis qui s’est battue pour l’égalité des hommes et des femmes dans le sport : Billie Jean King (3). Cette américaine a sans aucun doute été l’une des plus grandes joueuses de tennis de tous les temps. Dans les années 1960-1970, à l’heure où les matchs féminins n’étaient qu’une simple attraction marginale, son combat était celui d’une reconnaissance et d’une rémunération équivalente entre les athlètes, hommes et femmes, mais aussi une égalité des chances en matière de sport et d’éducation.  En 1973, un ancien champion sexiste et vieillissant du nom de Bobby Riggs lui lance un défi : un match. Il affirmait pouvoir battre n’importe quelle championne dans l’air du temps au vu de l’infériorité évidente du jeu des femmes. Bille Jean, alors âgée de 29 ans à l’époque, accepte le défi. Ce match deviendra « la bataille des sexes » et sera regardé par 90 millions de spectateurs à travers le monde. Pour Billie Jean, si elle ne remportait pas ce match, ce serait l’estime des femmes qui allait en pâtir. Il fallait qu’elle gagne. Ce qu’elle a fait. Elle l’a remporté sur Riggs, et précisément : 6-4, 6-3, 6-3. Après ce match, les femmes ont alors obtenu des gains équivalents aux hommes et Billie Jean a prouvé que les femmes n’étaient pas « le sexe faible ».
Une autre figure de courage en guise d'exemple ?  Certainement Gertrude Ederle, surnommée la "Reine des vagues" (4), qui fut la première femme à traverser la Manche à la nage. En 1924, cette nageuse américaine avait obtenu une médaille d’or et deux médailles de bronze aux Jeux Olympiques de Paris. Gertrude Ederle ne souhaitait cependant pas s’arrêter là : elle voulait devenir la première femme à traverser la Manche à la nage et battre le record du meilleur temps, détenu à l’époque par le nageur Enrique Tirabocchi : 16 heures, 33 minutes. Cela étant, les journaux méprisaient totalement son ambition. Parmi eux, le London Daily News qui avait écrit que les femmes demeureront à jamais le sexe faible et qu’il fallait accepter cela.  Gertrude Ederle n’a pourtant jamais courbé l’échine et elle essaya une première fois. Ce fut un échec cuisant, elle fit un malaise. Mais, un an plus tard, elle fit une seconde tentative, un jour où la mer était véritablement déchainée. Elle avait pourtant réussi et détenait cette fois-ci le record du monde de traversée de la Manche : 14 heures, 31 minutes. A travers ses prouesses, Gertrude Ederle est donc parvenue à prouver qu’une femme pouvait réussir, et ce, même dans des situations épouvantables !
 

Et la parité dans le sport aujourd’hui ?

Elle est toujours mise à mal, et ce, aussi bien dans les conditions d’accès à la pratique sportive que dans les fonctions de direction et d’encadrement du sport ou même encore dans sa représentation médiatique.
Dans les mentalités aussi, la parité souffre, avec des stéréotypes qui persistent. « J’entends encore trop souvent dans la cour de l’école des garçons refuser aux filles de jouer au foot, prétextant que ce n’est pas pour les filles ». « Il faut changer, dès le plus jeune âge, ces idées sexistes de sports/situations réservées à un sexe. » (Anaëlle Le Blevec).
Le sport féminin, le vilain petit canard ? Des chiffres et des études, il y’en a eu ! Le constat ? Les sports féminins sont toujours dévalorisés par les médias. Plus finement peut-être, mais c’est toujours d’actualité.
 

Femmes handicapées et le sport : témoignages et constats !

 

Un visage, une histoire

(*)

Marie-Amélie Le Fur :

Selon Marie-Amélie le Fur (5), athlète handisport française et présidente du Comité paralympique et sportif français, « le sport peut paraître futile mais le sport est un outil pour que les personnes en situation de handicap se connaissent mieux, s’acceptent mieux, se démontrent mieux. Le sport est aussi un moment où l’on parle du handicap positivement. Le sport me donne confiance.»

Anaëlle Le Blevec :

Anaëlle Le Blevec (6), championne de France de parasurf et enseignante en école primaire : « j’ai toujours aimé le sport et me dépasser. Je n’ai découvert le handisport qu’à l’âge de 20 ans, ce fut une révélation, enfin mon handicap ne me freinait plus. Puis j’ai découvert le surf. Dès la première vague, j’ai su que je ne me lasserai jamais de cette sensation incroyable de liberté que j’avais toujours seulement imaginé. Ma motivation première est de pouvoir vivre comme je le souhaite, et ne pas laisser mon handicap dicter mes rêves ».   
 

Hayette Djennane :

Hayette Djennane (7), championne de France handisport de parachutisme : « ce qui me donne confiance c’est le fait de me fixer des objectifs et de les atteindre. Je perds ma force d’années en années mais pas mes rêves. Je suis limitée dans ma capacité physique mais pas dans ma pensée. Mes rêves sont la propriété de mon imagination, de ma pensée et cette dernière n’a pas de limites. »
 

Les constats

 

Les handisportives font sensation !

On l’a vu précédemment, les sports féminins sont un peu la cinquième roue du carrosse pour les médias. Cela étant, dans le handisport, la donne n’est plus la même car ce sont bien les femmes qui ont le vent en poupe !  Pourquoi ? Le cocktail féminité et résilience serait le principal suspect ! Celui-ci susciterait davantage le respect que pour les hommes.
 

Le Handisport reste en marge

Toutefois, le handisport est encore trop peu considéré. Comme a pu le souligner Anaëlle Le Blevec, en 2017, la défaite des français à Roland Garros a chagriné les médias alors qu’ils avaient bien triomphé lors de la finale double d’handitennis. Cela étant, les habitudes et les mentalités évoluent. « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage », disait Jean de la Fontaine.  
 
Retrouvez ici le podcast du colloque !
 
(*) lors de ce colloque, plusieurs sportives étaient présentes, ce recueil de témoignages n'est pas exhaustif. Il ne concerne que trois sportives parmi d’autres et ne reprend que certains de leurs propos.
 
Sources 

  1. Association FDFA
  2. Emmanuel Macron et la parité
  3. Billie Jean King
  4. Gertrude Ederle
  5. Marie-Amélie Le Fur
  6. Anaelle Le Blévec
  7. Hayette Djennane