Un cocktail de philo et de physique (avec un peu d’eau) !

Un brin de philosophie

Du siècle des Lumières à aujourd’hui :

Nos chers philosophes des lumières pensaient que les gens seraient traités plus équitablement s’ils étaient « dépouillés des traits qui les rendent différents ». Les corps étaient donc déjà perçus comme de véritables obstacles !
Aujourd’hui encore, la philosophie occidentale préfère un « moi » en tant que… lieu de conscience désincarné ! 
« Disembodied » diraient les anglais. L’idée, c’est que les individus sont vulnérables à travers leur « moi incarné » (leur corps, donc). 

Le corps, une identité ?

Mais si les caractéristiques physiques du corps font bien partie de l’identité d’une personne, alors, dans le cas du handicap, peut-elle être autre chose qu'une : « identité gâtée que nous sommes moralement obligés de restaurer à la normalité si nous le pouvons, ou de prévenir si nous ne le pouvons pas ? »  (Goffman, 1971) (1).
 

L’eau, un autre environnement...

 

…Favorisant l’inclusion et un autre regard :

L’eau est un autre milieu que la terre. La terre est un environnement encore bien trop limité. Si on prend l’exemple du handicap moteur, on peut citer Guillaume Caerels : « c’est une société pour des gens qui marchent ». Cette limitation entraine des conséquences sociales, des « vies célébrées et des vies déconsidérées » (Charles Gardou) et la notion-même de handicapDans l’eau, tout est différent, c’est un autre monde. Cette adaptation au milieu aquatique permettrait peut-être un temps pour vivre ensemble avec de nouvelles perceptions sans se laisser gouverner par la « centrifugeuse culturelle excluant les personnes non conformes à elle » (Charles Gardou) (2). Autrement dit, la norme.
Celle-ci semble d’ailleurs à nouveau bien illustrée par les propos de l’écrivain William Faulkner (3) : « Des fois, je ne sais pas trop si on a le droit de dire qu'un homme est fou ou non. Des fois, je crois qu'il n'y a personne de complètement fou et personne de complètement sain tant que la majorité n'a pas décidé dans un sens ou dans l’autre. Ce n’est pas tant la façon dont un homme agit que la façon dont la majorité le juge quand il agit ainsi ».
 

…Possédant ses propres lois :

L’eau est un milieu caractéristique qui possède des aspects physiques qui lui sont propres ! Parmi eux, la poussée d’Archimède (eurêka !), cette force verticale due à la pression de l’eau, nous permet de flotter mais aussi une réduction des douleurs. La résistance hydraulique va, quant à elle, permettre de freiner l’impact des mouvements.  La pression hydrostatique, qui est la pression exercée sur notre corps et qui dépend de la profondeur de l’eau, permet de travailler la capacité pulmonaire et cardiaque en douceur. La température de l’eau est également un facteur à ne pas prendre à la légère. Loin d’être la cinquième roue du carrosse, la régulation thermique de l’eau engendre des ressentis très différents et permet de se détendre ou de brûler des calories ! L’ensemble des possibles que permet l’eau est intimement lié à toutes ces particularités ! Ainsi, en plus de l’aspect facilitateur de motricité, l’eau peut être aussi canalisatrice d’énergie, par exemple, pour des enfants ayant des troubles du développement, etc.

…Favorisant une libération des contraintes et des incapacités !

A l’image du bébé qui se sent libre dans l’eau car il n’est plus gêné par ses vêtements, une personne handicapée pourra se libérer d’un certain nombre de contraintes (médicales, matérielles et même humaines). Elle pourra donc se défaire « de tout ce qui est indispensable pour avoir la meilleure qualité de vie possible sur terre mais qui engendre une dépendance » (Jean-Michel Westelynck) (4). Cela permettra d’oublier les différences, et ce, même SUR l’eau avec des disciplines comme le canoë ou le kayak !
Quant aux incapacités, celles-ci font profil bas grâce à la suspension de la gravité terrestre ! Les personnes se redécouvrent et ne se réduisent plus à leurs difficultés.
En guise d’illustration, voici le témoignage de Gérard Papin, membre paraplégique de l’association Accessvie (5) : « je craignais de ne pas bien flotter et que mes jambes heurtent le sol de la piscine ou le fond de la mer. Un jour, je suis allé à la plage en famille et un maître-nageur m’a convaincu de me remettre à nager. En trois leçons, il m’a donné les astuces pour flotter et nager sans pouvoir utiliser les jambes. ».

En conclusion… !

 
L’eau permet au handicap de ne plus être un « handicap ». Une réflexion qui peut paraître légèrement déroutante ! Cela étant, de par son environnement à part entière et ses propriétés physiques, l’eau pourra être une occasion de faire émerger de nouvelles représentations. Elle pourra également former un merveilleux « outil de résilience », et ce, grâce aux « moments de plénitude » et de bien-être qu’elle permet d’offrir.  (Handisport) (6)
 
Sources

  1. Erving Goffman
  2. Charles Gardou
  3. William Faulkner
  4. Jean-Michel Westelynck
  5. Association Accessvie
  6. Handisport